Emma Priss

John Saint-Loup

Paris d'Amour

20 nouvelles érotiques et parisiennes

 


 

© Emma Priss, John Saint-Loup, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1166-2

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Illustrations par Charles Afritzan et Corduroy

 

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« Et attention à Belphégor ! »

Charlène sourit en entendant son confrère lui murmurer son ultime conseil. Elle souhaite lui répondre par une petite blague – même si elle n’a jamais eu beaucoup de repartie –, mais Zach s’est déjà esquivé dans une salle lointaine et noire. La pyramide de verre récemment emballée par l’artiste JR et, dans le lointain, la grande roue illuminée, plongent le Louvre dans un engourdissement enchanteur. Il n’est pas tard, pourtant ! À peine vingt heures trente…

Tout est calme dans l’aile Denon, surtout dans la galerie Thorvaldsen qui rassemble tout ce que l’Europe du Nord compte de sculpteurs classiques. Pourtant Charlène, agent de surveillance par intérim depuis trois mois, n’aime pas trop la salle E où elle a été affectée pour cette nuit. Dans cette pièce, de dimensions modestes pour le Louvre, sont exposées trente-trois œuvres exactement. Leurs auteurs sont parfaitement inconnus de Charlène, qui peine à prononcer les noms qu’elle juge barbares, patronymes impossibles des contrées sibyllines du Grand Nord. Ces artistes ne brillent pas par leur gaîté : sainte Barbe dispute une étagère à saint Roch, tandis que quatre statues de bourreaux encerclent une mise au tombeau. Ni le « Chanoine agenouillé » (anonyme du Nord de la France), ni la « Vierge de douleur » (France ou Pays-Bas ?, fin du XVe siècle), pas plus que les « Éléments du monument funéraire d'Émeric Schillink » (Liège, 1561) ne trouvent grâce aux yeux de la jeune femme. Le sordide et le déprimant s’étalent et fusionnent sans passion dans ces statues maussades, en totale disharmonie avec son humeur d’ordinaire joyeuse.

Il va falloir tuer le temps : trente minutes pour regarder les statues avec attention, trente minutes pour grignoter un sandwich en regardant dehors. Trente minutes pour lire un peu… trente minutes d’errance…

Oui, cela risque d’être long. Pourtant, ses parents lui répètent à l’envi : « Charlène, profite ! Tous les soirs, tu vois le Louvre de nuit, en invitée privée, en VIP ! Il y a des gens qui se damneraient pour cela. »

Si elle hoche la tête pour faire plaisir, la jeune femme avoue sans honte qu’elle troquerait bien ses nuits muséales contre un CDI pas trop mal payé… mais avec cette foutue crise et son Master en linguistique comme seule arme pour intégrer le marché du travail, l’avenir s’annonce plutôt sombre.

Quand elle y pense, Charlène aimerait bien avoir la même vie que sa cousine Andréa, qui vient d’acheter un super appart dans le vingtième arrondissement, en plein cœur de la Campagne à Paris !

Songeuse, la jeune femme fait le tour de la galerie, histoire d’en avoir le cœur net, d’éventer tous les secrets des sculptures, avant de revenir tuer le temps comme elle le peut sur sa petite chaise bleue, et ce jusqu’à minuit vingt.

Elle jette un regard distrait sur les œuvres, quand elle tombe, dans le renfoncement de la galerie juste à côté de la porte, sur deux corps entremêlés, éclatants de blancheur dans cette nuit réfrigérante.

Charlène recule de quelques pas, ébaubie par ces corps en majesté. La statue doit faire trente centimètres de hauteur, et représente un centaure empoignant sans douceur une bacchante gracile, dont la tête est rejetée en arrière.

La jeune fille, perplexe, tourne autour du couple. Les croupes de la nymphe et du centaure ressemblent à deux jujubes outrageusement gonflées.

Que font ces deux fessus au milieu des Christ en croix et des madones éplorées ?

« Johan-Tobias Sergel (Stockholm 1740-1814) ; Centaure enlaçant une bacchante », déchiffre-t-elle sur le cartouche. La musculature de l’homme-cheval est avantageuse, mais, de là où elle se trouve, Charlène ne peut voir sa tête, cachée par celle de la nymphe. La jeune femme ondule lentement autour de la statue en l’éclairant du faisceau capricieux de sa lampe torche. Elle se poste à l’arrière de la composition : le sculpteur a jubilatoirement placé la main du centaure… pile dans le derche de la nymphe.

Charlène sourit, incrédule : dans les plis délicats des fesses de la bacchante se nichent en effet quatre doigts entreprenants. Le centaure agrippe le cul potelé avec une incroyable sensualité. Quel contraste avec la force de l’empoignade !

Cette scène figée dans l’argile fait forte impression sur Charlène, qui mouille un peu sa culotte.

« Mais Charlène enfin, que t’arrive-t-il ? Une statue de nymphe pelotée par un centaure, et toi tu te sens toute chose ? », se morigène gentiment la jeune femme.

Il faut dire que le couple est bien sympathique : les lèvres de la bacchante s’étirent d’une manière difficile à interpréter : sourit-elle ? Elle semble courir vers le centaure. Quant à lui, ni une ni deux, il dépose un petit bisou coquinou dans son cou.

Charlène rigole toute seule, un peu gênée de se sentir excitée par une statue surgie de l’imagination d’un Flamand grassouillet. Mais le fait est que le centaure est à deux doigts de doigter sa copine d’argile ! Il la saisit à la naissance de la vulve, et son majeur s’y enfoncerait encore plus si l’argile cuite ne l’avait pas figé pour l’éternité.

Charlène n’ose plus soupirer tant elle craint de laisser échapper un gloussement d’excitation trop explicite. Elle a un peu honte de se retrouver dans cet état. Depuis combien de temps n’a-t-elle pas baisé un bon coup ? Et son collègue qui est là, dans la salle juste à côté…

Zach est plutôt pas mal, quand elle y pense. Le genre qui met en appétit. Un grand renoi, musclé… Il a une copine, mais ce n’est pas grave. Charlène se met à fantasmer comme une dingue : elle s’imagine dénudée, des « papillons dans le ventre », « en mode câlin », tandis que Zach transformé en centaure lui glisse un doigt dans la chatte.

Après avoir jeté un coup d’œil anxieux autour d’elle, elle déboutonne son pantalon et glisse sa main entre la toile du jean et le coton de sa petite culotte à pois verts. Chaleur de ses doigts sur son clito. Bien-être immédiat. Petits frissons. Et hop là, elle enfonce encore un peu plus la main au fond de son slip. Jouer avec la souplesse de ses phalanges, la longueur de ses doigts. Ses ongles longs égratignent sa peau. Cette caresse rêche la fait grimper aux rideaux.

« J’ai teeellement envie d’appeler Zach », pense-t-elle.

Que ce colosse la déshabille au milieu des statues aveugles et centenaires – complices pour certaines, désapprobatrices et hiératiques pour d’autres, comme le serait sans doute la statue de sainte Barbe, cette vieille chouette oubliée sur l’étagère !

Pourtant, le nom de Zach ne franchit pas ses lèvres. À la place, elle imagine lécher la statue à petits coups de langue nerveux. Si cela se trouve, le membre de son collègue est aussi dur que le marbre qu’elle câline ainsi dans son imaginaire fécond.

Charlène ne peut ignorer sa culotte baignée de foutre qu’elle a descendue sur le haut de ses cuisses. Quelle frustration ! Dépitée, elle ne peut que constater l’immense décalage entre ses plaisirs solitaires et l’enivrement qui anime les deux personnages de pierre.

Ce que Charlène ignore, c’est qu’elle a malgré elle crié un peu trop fort, assez pour alerter Zach qui s’était presque assoupi, emmitouflé dans un manteau long, pris au piège du froid occupant les espaces majestueux du musée.

Il serait dommage de ne pas parler de la plastique de ce jeune homme très bien fait, dont les épaules et des jambes sont dessinées par la pratique assidue du basket en compétition. On aimera particulièrement la veine sexy qui ressort légèrement sur son avant-bras droit, et ses pecs sculptés par l’aviron.

« Euh… Charlène ? », chuchote-t-il, intrigué par ce cri inapproprié dans un lieu où les statues frigides le disputent aux peintures mornes.

Aucune réponse.

Zach se lève avec prudence.

Dans la clarté de la lune, le spectacle semble tout droit sorti d’un conte merveilleux, d’une fantaisie érotique. Charlène lui tourne le dos sans cesser ses mouvements orgiaques ; ses longs cheveux viennent caresser le haut de ses fesses découvertes.

Retroussement incontrôlable.

Frein à l’air.

Insoutenable douleur érectile.

Zach empoigne sa verge pour une branlette qui le soulage un peu. Quelques gouttes opalines perlent de son gland. Il le comprime pour ne pas imbiber son pantalon.

C’est un peu gênant quand même.

Il approche la jeune femme à pas de loup. Charlène l’a entendu arriver et le bruit de ses pas retentit son bas-ventre. Elle continue à se toucher comme si de rien n’était : les rigoles de ses lèvres gonflées ne contiennent plus l’inondation.

« Maintenant, Zach, tu vas me coincer contre le mur, m’écraser de tout ton poids sur ta bite, me travailler à grands coups de reins… la totale, je veux la totale ! »

Elle tressaille au contact de la main posée sur son épaule.

Charlène intime à Zach l’ordre de s’allonger sur le sol glacial. La lune projette une lumière blanche au travers des fenêtres. Le jeune homme étendu ressemble à un cadran solaire : l’ombre de sa verge charnue et cambrée, s’étire, impériale.

« Je vais te me la secouer un bon coup », songe Zach, au paroxysme.

Charlène songe : « Il est onze heures, on a encore un peu de temps avant l’arrivée de la seconde équipe de nuit. »

La jeune fille s’accroupit au-dessus de son collègue et oscille lentement jusqu’à effleurer le gland de sa vulve. Zach passe sa main sur le mont de Vénus délicatement bombé et parsemé de petits poils clairs. Charlène introduit la verge tuméfiée dans son orifice, et commence à tanguer de haut en bas. La pénétration est souple et lente. La bite de Zach ricoche parfois contre ses lèvres fines. La jeune femme, une main dans le dos, caresse la peau douce des couilles. « Touche-moi les seins », chuchote Charlène qui accélère la cadence de ses mouvements. Zach ne se doute pas que les deux aréoles roses qui se pavanent devant lui sont les zones érogènes les plus intenses de la jeune femme. Il faut peu de temps pour que le doux massage des orbes et des tétons framboise arrachent à Charlène des gémissements lascifs.

Ces cris mettent Zach dans un état d’hypnose avancé. L’esprit amolli, il se perd à son tour dans l’étau moelleux, doux et tiède, qui tenaille fermement sa queue d’ébène.

Charlène jouit sans prévenir. Les contractions involontaires de sa chatte la font hurler de plaisir. Zach émerge de son coma béat, et éjacule si violemment que son sperme vient fouetter la statue de sainte Barbe.

*

« Jill, have you seen that ? 1 »

Deux touristes américaines tournicotent, perplexes, autour de la statue de sainte Barbe.

« How strange ! 2 »

Ces deux femmes venues de Chicago, en visite au Louvre, furent les premières à signaler l’anomalie. À la demande des conservateurs du musée, on mandata rapidement des experts en histoire de l’art et des compagnons du devoir menuisiers qui conclurent, après études, que le bois médiéval avait transpiré de façon tout à fait exceptionnelle sous l’effet d’un changement de température de la galerie Thorvaldsen. Voilà qui expliquait sans l’ombre d’un doute le visage inondé de la pauvre Barbe.

Cette version fut cependant contredite par deux bonnes sœurs portugaises, qui affirmèrent que les larmes de Barbe s’étaient répandues concomitamment à la bénédiction Urbi et orbi que le Pape avait prononcée depuis Rome.

Zach et Charlène n’ont pas émis d’avis tranché sur la question.

 

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Enfin, le dernier coup de marteau avait été asséné sur un petit clou qui maintenait le miroir de la cabine d’essayage. La boutique de la rue Montmartre se pomponnait et s’apprêtait à affronter le flot des clientes en furie. Prise en étau entre la frénésie des Grands Boulevards et le tourbillon des Halles, cet axe rayonnait naturellement au cœur de Paris, fricotant avec les rires du Sentier et résonnant encore des cris de la Bourse voisine. Soulagée de se trouver dans ce coin si parisien, Elise semblait plutôt satisfaite, même si les débuts avaient été difficiles. Depuis de trop longs mois, elle cherchait un travail à Paris où elle avait suivi son époux, artiste peintre à la conquête de la capitale. Ce qu’elle avait pris pour un caprice de son mari devenait maintenant une opportunité pour elle. Sacré coup de chance quand même, d’avoir trouvé un local à louer avec deux pièces contiguës, séparées par une discrète porte. Alexandre avait donc pris ses quartiers dans le petit cabinet dépendant du grand espace donnant sur la rue. C’était un bail à vous laisser baba. Il était aux anges, avec ses pinceaux de tout poil, ses tubes de toutes les couleurs, ses palettes aux allures d’Arlequin. Un atelier à lui, dans la capitale des princes de la toile. Pas si loin de Montparnasse ! Ni de Montmartre ! Ah oui, le génie le couvrait déjà de ses ailes. Il allait sans doute exposer dans les meilleures galeries de la rue de Seine !

Elise, elle, avait converti cette ancienne mercerie en boutique de lingerie fine. Le coin s’y prêtait bien : non loin, au 32 rue Blondel, elle avait contemplé le vestige d’une maison close que le Tout-Paris appelait aussi bien « Aux belles poules » que « Le 32 », du temps des bordels d’or. Il s’agissait d’une mosaïque montrant une coquette, bas mi-cuisses, éventail en main et un sein exhibé aux yeux avides des passants. La grâce et la lascivité de cette jeune femme n’avaient pas laissé Elise indifférente. Pendant des semaines, alors qu’Alexandre croquait quelques natures complètement mortes dans son atelier d’artiste, Elise s’efforçait de vendre ses parures, ses soutiens-gorge dentelés, ses culottes diaprées et ses jarretelles élastiques. Mais le succès escompté n’arrivait pas. Peut-être était-elle un peu trop rigide, dans le carcan du savoir-vivre que son éducation lui avait inculqué avec obstination. Son père, pasteur à Tours, et sa mère, institutrice dans la même ville, n’avaient jamais admis la moindre excentricité chez leur fille. Elle en était donc quelque peu figée, un peu trop raide et râpeuse dans son maintien. Aussi décida-t-elle, face aux échecs qu’enregistrait sa boutique, de déhancher un peu plus son bassin, de troquer ses cols nénuphar contre des colliers qui chatouillaient ses seins, ses souliers polis contre des talons vernis, et ses jupes longues contre des nuisettes de gaze. C’en était presque trop, mais ce revirement lui donnait l’impression de faire craquer le corset des convenances et lui rendaient un souffle de liberté. Dès le premier jour de sa conversion aux versets de la sensualité, les clientes se firent plus nombreuses. Mais il serait injuste de ne faire mention que de la gent féminine. Les hommes aussi se multiplièrent, trouvant tous les prétextes, des plus triviaux aux plus extravagants. En somme, la boutique se fit si attirante, qu’Elise dut embaucher une employée pour l’aider. Les deux jeunes femmes s’entendirent à merveille, échangeant des œillades complices.

Un mardi après-midi, alors que le magasin était pour une fois vide, une cliente entra soudain, tirant de leur torpeur les deux femmes. C’était une demoiselle dont les cheveux blonds semblaient brodés en mèches folles.

« Bonjour Mesdames ! lança-t-elle d’un ton suave.

— Mademoiselle, répliqua Elise, l’œil tiède.

Je cherche une parure à essayer. Guêpière bleu nuit si vous avez. Sinon, un ensemble plus simple, mais de cette couleur ».

Elise jeta un bref coup d’œil sur la jeune fille et lui répondit : « Je crois que j’ai ce que vous cherchez. Attendez-moi deux minutes, je vais voir dans le stock ; mettez-vous à l’aise, vous pouvez déjà vous installer dans la cabine, il y a tout ce qu’il faut ». Le pas lent mais sûr, la cliente sourit et ouvrit la porte capitonnée de la cabine d’essayage. Le bouton de porcelaine encore pressé dans sa main chaude, elle découvrit une toute petite pièce aux allures de boudoir. Un siège Louis XV tendu de velours noir côtoyait une banquette de la même étoffe. Un grand miroir tapissait le mur droit. Un autre, en face, lui donnait la réplique. Le sol, tendu d’une moquette moelleuse aux motifs baroques, rendait un son ouaté.

Une fois la porte close, Natalia poussa un soupir d’aise, faisant crisser ses talons sur le poil mou du parterre noir. Elle pinça sa lèvre inférieure de ses incisives, tout en se regardant dans le miroir de droite, l’œil humide et le sourcil coquin. Elle savait que la parure lui irait, qu’elle la trouverait enfin. Dans un mouvement satisfait, elle fit un tour sur elle-même, en relevant ses cheveux sur sa nuque. Sa croupe entière frissonna d’un dandinement improvisé. L’endroit était trop beau pour être vrai ! Elle s’était assise depuis cinq minutes, quand le pêne de la porte, bien huilé, se dégagea lentement, pour laisser entrer Elise. Elle tenait dans ses mains un ensemble ravissant, bleu nuit. Son parfum sucré emplit l’espace par nappes avant même qu’elle eût le temps de se retirer en disant : 

« Passez le soutien-gorge et le tanga, je suis sûr qu’ils vous iront à merveille, mais il vaut mieux vérifier ! »

Une minute plus tard, elle revint, sans prendre la peine de frapper. Natalia, un peu surprise de cette intrusion, réprima cependant son geste de surprise. Debout devant elle, la vendeuse la jaugeait d’un œil amateur.

« Le bas est un peu serré, non ? Je devrais faire une petite retouche peut-être. »

Et tout en finissant sa phrase, elle croisa le regard de sa cliente. Un trouble passa dans l’air, comme si quelque non-dit, quelque interdit y planaient avant de se déchirer dans ce recoin de velours. Elise, pour vérifier que l’élastique était un peu trop étroit, approcha sa main du bassin de la jeune fille. Celle-ci tressaillit, tout en le basculant légèrement vers l’avant. Insensiblement, sans même qu’il fût possible de réfréner le geste, Elise prolongea son mouvement et effleura la fesse de Natalia. Au même moment, la cliente tendit son bras et prit la femme par la taille en la tirant doucement à elle. La main d’Elise pressa un peu plus le galbe des fesses puis s’engouffra légèrement dans le tanga, sentant la chair humide à l’intérieur des cuisses. Ça y est. Elle était en train de devenir lesbienne. L’acte était déjà accompli, c’était irréfutable, elle l’avait fait. Et elle ne pouvait que continuer. Natalia porta une main sous la robe d’Elise, faisant déjà bâiller le string noir de sa main fébrile, caressant avec insistance le sexe révulsé qui brillait de rosée blanche. Son autre main pétrissait régulièrement les seins lourds, s’égarant parfois jusqu’à l’aisselle. Dans les deux miroirs, leurs corps enlacés se reflétaient à l’infini, multipliant cette scène éperdue, ce couple éphémère, en émoi, succombant aux affres du désir. Dans ce boudoir intime, elles étaient cent. Cent femmes à se masturber, à se flatter les lèvres, à se tortiller les fesses, en se caressant le cul avec envie et indécence. Une nuée de filles qui imposaient la vision d’une scène qui devait s’accomplir. Elise avait cédé à ce désir, à la tentation de s’unir quelque instant au corps d’une autre femme, de serrer entre ses bras d’autres seins, de sentir la pureté humide d’un vagin excité, miniature épilée de fesses rondes et provocantes.